dimanche, 11 mai 2008

revue de presse

Article paru dans Le Monde.fr, ce vendredi 9 ma, signé de Julien Bouissou, et qui tombe pile poil dans ma période anti-corruption:

Entourée de paysannes enveloppées dans des saris roses, Chunna Devi, un bandage autour du front, sort de son sac en plastique des foulards maculés de sang. "Regardez ce qu'ils m'ont fait. A cinq, ils m'ont jeté des briques et ont donné des coups de bâton à moi et à ma fille", lance-t-elle à la foule. Quatre jours plus tôt, cette habitante d'un petit village du sud de l'Uttar Pradesh, une région pauvre du nord de l'Inde, avait tenté de repousser des assaillants. Transportée sur un lit au commissariat le plus proche, elle a déposé plainte, sans que les policiers y donnent suite. "Ils ont été payés pour abandonner l'enquête", soupire Chunna Devi. Le "gang rose" constitue sa dernière chance. En la fixant de ses yeux verts, Sampat Pal Devi, la chef de ce gang, promet de lui rendre justice. Elle ira bientôt au commissariat avec des dizaines de "soeurs", toutes vêtues de rose et munies de bâtons.

Dispersées dans de nombreux villages, elles sont environ 200 justicières prêtes à intervenir à tout moment pour défendre la cause des femmes maltraitées par la justice et les forces de l'ordre. A la moindre alerte, elles enfilent leur sari de combat et saisissent leur bâton. "Personne ne nous vient en aide. Les fonctionnaires et la police sont contre les pauvres. Nous sommes obligées de faire respecter nous-mêmes la loi", justifie la fondatrice du gang, Sampat Pal Devi.

Au sud de l'Uttar Pradesh, dans le district de Bundelkhand, un des plus pauvres du pays, les filles n'ont pas le même droit à la vie que les garçons. Nombre de femmes pratiquent des avortements clandestins lorsqu'elles apprennent que leur enfant est une fille, pour éviter de payer une dot au moment de son mariage. Résultat, la région ne compte, en moyenne, que 825 femmes pour 1 000 hommes. Et quand elles voient le jour, rares sont celles à pouvoir se rendre à l'école. Près des trois quarts des femmes sont analphabètes.

Sampat Pal Devi connaît bien ces injustices pour les avoir subies elle-même, dès sa plus tendre enfance. A l'âge de 9 ans, elle quitte les bancs de l'école après avoir été mariée de force à l'époux de sa soeur qui venait de décéder, puis accouche, quatre ans plus tard, de son premier et unique enfant. "J'ai appris à lire et à écrire, seule, la nuit, puis j'ai convaincu mon mari de nous installer en ville."

Tandis qu'elle vend du thé sur le bord d'une route, Sampat Pal Devi recueille, derrière son comptoir, les premières confidences des femmes maltraitées. Son premier fait d'armes date d'il y a une vingtaine d'années, quand elle a mobilisé une communauté villageoise pour forcer un homme à renoncer à abandonner son épouse. "Les deux époux sont comme les deux roues d'un tracteur, ils ne peuvent avancer dans la vie qu'ensemble", assène la chef du gang. En créant il y a deux ans ce "gang rose", Sampat Pal Devi, 47 ans, reconnaît s'être inspirée de Rani Laxmibai, une reine qui en formant sa propre armée en 1857 avait tenu tête aux troupes britanniques pendant plus d'un an. "Une femme peut mettre en échec les plus puissants", en a-t-elle conclu. C'est elle qui a choisi le rose pour habiller ses justicières, une couleur que les femmes du gang n'avaient pas l'habitude de porter.

A son quartier général, situé au bord d'une artère poussiéreuse de la bourgade d'Atarra, la plupart des alertes parviennent par téléphone. Mais, ce jour-là, ce sont des agriculteurs, écrasés par le poids de leurs dettes après trois ans de sécheresse, qui sont venus prier le gang de leur venir en aide. Les paysannes adulent la chef du gang comme une déesse. Dès sa descente de voiture, elles effleurent sa tête de leurs mains. "Le gouvernement ne fait rien pour notre estomac", se lamente l'une d'elles. "Inscrivez-vous au gang, et habillez-vous de saris roses, lui répond aussitôt Sampat Pal Devi, et nous irons demander ensemble aux banques de soulager vos dettes."

Si le "gang rose" n'accepte que les femmes, c'est que, de ce fait, "les policiers réfléchissent à deux fois avant de nous disperser à coups de matraque", glisse une des membres, le visage caché derrière un voile rose. Jusqu'à présent, leur bâton n'a encore jamais servi à donner des coups, mais les femmes s'entraînent, par prudence, au maniement du lathi, le bâton en bois d'ordinaire réservé aux hommes lorsqu'ils travaillent dans les champs.

Les formations sont dispensées dans les cours des villages, au rythme des chansons composées par Sampat Pal Devi. "A l'entraînement, on fait comme si on avait un inspecteur de police devant nous", explique une élève qui vient de fêter ses 70 ans. Le "gang rose" ne revendique qu'un seul acte de violence : un exemplaire du code civil a été lâché sur la tête d'un inspecteur qui refusait de donner les raisons de l'incarcération d'un jeune homme issu de la caste des intouchables. Ce dernier fut libéré, et la responsable de l'"agression" fut, elle, retenue au commissariat pendant toute une journée. "Le code civil aura au moins servi à quelque chose", ironisent les membres du gang.

Les lois qui règnent dans le district du Bundelkhand ne sont pas toutes inscrites dans le code civil. Un policier, plongé dans la lecture de son journal dans la cour du commissariat d'Atarra, le reconnaît lui-même : "Ici, les hommes politiques sont corrompus et soutiennent la mafia. Nous ne sommes que 20 policiers pour débusquer des mafieux qui ont chacun plus de 50 hommes armés sous leurs ordres."

Parmi les trafics les plus répandus, celui des cartes de rationnement destinées aux plus pauvres : de fait, elles sont souvent délivrées à ceux qui acceptent de débourser quelques roupies. En deux ans, le gang a brûlé, à trois reprises, des cartes de rationnement "illégales" collectées dans les villages. "Et nous ne comptons pas nous arrêter là tant que nous serons les esclaves de fonctionnaires qui sont censés nous servir", indique Jai Prakash, le bras droit de Sampat Pal Devi, avant de conclure : "Marx a changé le cours de l'histoire en écrivant ce qu'il voyait. On tente de faire la même chose en expliquant aux villageois ce que l'on voit."

Ce qu'elles voient, ce sont des inégalités entre hommes et femmes qui perdurent en Inde. Dans le classement de l'indice sur l'inégalité entre les sexes, publié en 2007 par le Forum économique mondial, l'Inde arrive au 114e rang, sur une liste de 128 pays. En termes de "participation des femmes à la vie économique", ce pays chute même au 122e rang. Seuls 3 % des postes de cadres et 21 % des postes d'employés sont occupés par des femmes. Ce phénomène s'explique notamment par l'inégalité des sexes dans l'accès à l'éducation : seulement 48 % des femmes savent lire et écrire, contre 73 % des hommes.

La réclamation d'une dot à la femme au moment de son mariage conduit à de nombreux actes de violences domestiques. En 2006, 40 % des femmes ont déclaré en être victimes, d'après l'enquête nationale sur les familles menée par le gouvernement. Une loi destinée à lutter contre ce fléau n'est entrée en application qu'en 2007. En Inde, une femme est violée en moyenne toutes les demi-heures et une femme est tuée toutes les soixante-quinze minutes, révèle un rapport publié en 2006 par le bureau national de la criminalité.

Les changements d'attitude sont déjà perceptibles dans la zone d'influence du "gang rose". Dans le petit hameau de Tanal, le long d'un canal asséché au fond duquel les squelettes de buffles reposent sur une terre craquelée, un vieux monsieur observe de loin les jeunes femmes vêtues de saris roses tenir leur réunion. "On avait le drapeau indien pour nous sortir de la colonisation britannique, désormais on a besoin de leur sari rose pour nous sortir de la corruption", estime-t-il, le menton posé sur sa canne.

Dans l'Uttar Pradesh, les habitants perdent progressivement espoir en leurs élus, y compris ceux qui appartiennent à leur caste. L'année dernière, une femme issue des basses castes, Mayawatti Kumar, a été élue à la tête de l'Etat. Mais, depuis son élection, le village n'a eu droit qu'à une statue de la figure historique des intouchables : le docteur Ambedkar, représenté en costume cravate, un livre à la main, trône au milieu d'enfants qui jouent dans la poussière. Les villageois, eux, attendent toujours l'électricité et la construction d'une route. "Une fois au pouvoir, tous les politiques nous oublient. Notre dernier espoir repose sur le "gang rose"", lâche une femme en nettoyant des ustensiles de cuisine dans une flaque d'eau noirâtre.

Rançon de ses premiers succès, le "gang rose" a vu éclore ses premiers contempteurs. "Sampat Pal nous accuse de tous les maux pour gagner les élections", estime un fonctionnaire local, les mains posées sur son bureau, entre un encrier et deux téléphones cellulaires. Même si elle s'est présentée aux dernières élections, Sampat Pal Devi se défend de faire de la politique. Sonia Gandhi, la présidente du Parti du Congrès, actuellement au pouvoir, l'a pourtant invitée à New Delhi pour lui proposer de rejoindre les rangs de son parti. Sampat Pal a refusé tout net : "On ne peut pas défendre un parti politique et les opprimés. Le jour où je rentrerai en politique, je perdrai ma crédibilité."

jeudi, 03 avril 2008

revue de presse

Décidément, les journaux indiens vont me manquer ! Il ne se passe pas une journée sans que je découvre un article hors de commun.

Je vais vous raconter par exemple l’histoire de se nouveau-né trouvé sur la voie de chemin de fer. Ses parents voyageaient à bord d’un train lorsque la femme, enceinte de 8 mois, s’est sentie mal et est allée aux toilettes. Rien d’anormal me direz-vous … Et bien si, n’oublions pas que nous sommes au pays ou tout est possible ! Assise sur la cuvette, la dame a accouché sans s’en rendre compte (!) puis s’est mise à hurler lorsqu’elle s’est rendu compte, quelques temps plus tard, que son « ventre était vide ». Arrivés à la gare suivante, les jeunes parents ont alerté les autorités qui ont remonté la voie afin de trouver le nourrisson. Celui-ci avait glissé le long de la tuyauterie des WC et était tombé sur la voie alors que le train roulait ! Miracle, le bébé, une petite fille, a été retrouvée saine et sauve quelques heures après, sans aucune contusion. C’est souple et solide un bébé !

Il y avait aussi cette histoire d’une très vieille dame à qui les médecins ont enlevé une tumeur de 2 kilos !!! La grand-mère, qui vivait chez sa fille et sa famille, portait cette tumeur dans son estomac. La famille croyant que la vieille femme était enceinte, l’a gardée cachée de honte. C’est lors d’une visite médicale pour une autre raison, que le praticien a demandé des examens complémentaires et s’est rendu compte du cancer de la grand-mère. La tumeur a été enlevé et la personne âgée peut maintenant mourir dignement sans que son honneur soit salit par une histoire de grossesse.

lundi, 28 janvier 2008

Ames sensibles s'abstenir !

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Lakshmi, 2 ans, a été séparée avec succès de sa "jumelle parasite". Les médecins suspectent la famille d'avoir gardé la petite dans cet état sciemment, principalement lorsqu’une cousine de la mère, Poonam, enceinte de 6 mois et en visite chez un gynécologue, leur annonça qu'une de ses cousines avaient donné naissance au Dieu Ganesh.

Les médecins se sont alors rendus sur place lorsque de nombreux voisins des villages alentours ont rapporté la même histoire. Ils ont amadoué la famille en offrant à la maitresse de maison des fleurs et ont ainsi pu apercevoir la petite Lakshmi.

Les mariages consanguins seraient à l'origine de ces différentes déformations génétiques. En effet, tous les enfants ayant des déformations proviennent de parents vivant dans un tout petit village, situé en bordure du Népal dans le Bihar, ou les adultes ont l'habitude de se marier entre mêmes familles.

Le médecin qui a suivi la mère de Lakshmi durant sa grossesse a expliqué à la presse que celle-ci, même si elle appréhendait un peu la délivrance, était très fière de sa fille. Ayant senti sa grossesse uniquement lorsque le fœtus commença à donner des coups, la mère avait imaginé être enceinte d’un Dieu et avoir donné naissance à la Déesse Lakshmi.

Les premiers tests montrent que le fœtus de Poonam ne présente aucun risque de déformation.

vendredi, 24 août 2007

A la une ce matin:

Une écolière de 11 ans de Bangalore s'est faite frappée par 7 de ses professeurs pour ne pas avoir fait ses devoirs proprement !!

Sangeetha, en classe de 6ème, s'est tout d'abord fait insulter par son professeur principal qui, par la suite, la balança contre les murs. Non contente de son châtiment, la tortionnaire emmena dans un deuxième temps la toute jeune fille chez le principal, ou 5 autres professeurs se joingnèrent à eux pour la frapper.

Les enseignants ont expliqué ce geste dément en attestant qu'ils avaient l'autorisation des parents. Or, lorsque ceux-ci ont vu l'état de leur fille à son retour de l'école, ils ont immédiatement porté plainte.

Les noms des enseignants ont été divulgués par le journal, ce qui me laisse penser à de prochaines représailles.

L'enfant est actuellement hospitalisée.


Times of India du 24 aout 2007.

mercredi, 22 août 2007

Deux manifs, une cause: l'eau

Mardi 21 aout, deux manifestations ont animées les rues de Bangalore.

Dans la première, des parents criaient leur colère à la suite du décès d'un enfant ayant bu l'eau d'un puit de la ville. Ils réclamaient la sécurité d'une eau potable (l'eau en bouteille coute 20 roupies (40 centimes d'euro) les 2 litres, cout beaucoup trop élevé pour une famille qui gagne 1500 roupies par mois (soit environ 30 euros) ).

Dans la deuxième, les gens d'un quartier de la ville exprimaient leur mécontentement: 15 jours que les maisons ne sont plus alimentées en eau !

Times of India du 22 aout 2007

Quand on sait qu'à Sobha, notre résidence, nous sommes les mieux lotis et qu'il ne se passe pas un jour sans que l'on ait une coupure d'électricité ou d'eau (mais grace aux réserves de la résidence, nous ne nous en rendons pas compte), j'imagine très bien le calvaire de ses personnes qui vivent dans les quartiers les plus pauvres de la ville.

Attaque à l'acide

Heena Fathima, jeune mère de 3 enfants qui avait été admise à l'hôpital de Bangalore le 8 aout dernier à la suite d'une attaque à l'acide perpétrée par son mari, a succombé à ses brulures hier dans la journée. Son époux lui avait fait boire dans un premier temps de l'acide mélangé à du vin puis, dans un deuxième temps, lui en avait aspergé le corps. Ce sont ces trois enfants qui la sauvèrent de la folie de leur père.

Selon la mère de la jeune femme, le mariage datant de 9 ans n'avait jamais fonctionné. Initialement, le mari harcelait sa femme pour son argent puis, il avait eu des doutes sur sa fidélité. Il y a deux ans, il lui avait déjà tondu la tête afin de la défigurer. Depuis, elle vivait avec le crâne rasé.

C'est quand l'avocat de Heena a réuni le couple pour parler du sort de leurs 3 enfants que le père a décidé de tuer son épouse.


Times of India du 22 aout 2007

lundi, 20 août 2007

Accident

Un éléphant a été renversé par un train alors qu'il tentait de traverser la voie. Résultat: un pachyderme de moins en Inde, une locomotive à la casse et des heures d'attente pour les passagers.

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vendredi, 17 août 2007

Dérapage

"Au Gurgaon, le 15 aout a tourné à la tragédie lorsqu'un garçon de 6 ans fut renversé et tué par une voiture alors qu'il revenait de l'école. L'histoire aurait pu s'arrêter là mais les parents, fous de chagrin, en ont décidé autrement.

Hier, dans la journée, ils ont réuni une centaine d'autres parents en colère et sont allés caillasser les bus de l'établissement. Pour eux, l'administration de l'école est responsable de la mort du garçon: normalement, les cours se terminent à 13h30 mais mercredi, exceptionnellement, ils ont terminé à 11h. L'administration du collège n'avait pas prévenu les parents de ce changement d'horaire.

Apparemment, les enfants furent battus par les gardes de l'école et leur prof de sport lorsqu'ils refusèrent de quitter l'établissement sans l'homme censé les accompagner. C'est sur le chemin le ramenant chez lui que le garçonnet a été accroché par la voiture. Il est mort suite à ses blessures.

La police a arrêté le directeur de l'école et son épouse."

Deccan Herald du 17 aout 2007

Sorcellerie

A Jaipur, Rajasthan, un vieille femme de 70 ans a été battue pour sorcellerie. 3 jeunes hommes ont été arrêtés par la police après avoir battu et marqué au fer rouge les lèvres de la femme soupçonnée de pratiquer la magie noire. Apparemment, l'histoire aurait mal tourné lorsque les soins apportés par la personne âgée à la femme malade d'un des agresseurs n'auraient pas porté leurs fruits.

Ce n'est pas la première agression de ce genre dans la région. Régulièrement, des femmes seules, de basses castes ou malades sont accusées de sorcellerie et battues par des hommes. Une unité spéciale de la police se charge de ces agressions et permet une mise en arrêt rapide des agresseurs.

Deccan Herald du 17 aout 2007