dimanche, 30 mars 2008
Asha
En allant à ma dernière séance photo à l’école de Yelahanka, j’ai salué les parents d’Asha qui attendaient sagement devant les grilles de l’établissement. Le sourire timide, ils me rendirent mon salut de loin. Le père avait l’air gêné d’être là et de devoir attendre la fin des cours.
Je n’eus pas eu le temps de me poser plus de questions, à peine la porte d’entrée franchie, Amudha vint m’expliquer que les parents d’Asha étaient convoqués par la directrice sur la demande de la fillette.
Depuis plusieurs semaines, son père bat sa mère matin et soir et passe ses journées à boire. La petite, ne pouvant plus supporter cette vie, a demandé à être placée en foyer pour pouvoir étudier tranquillement et être protégée de la violence de son père.
J’ai tout de suite demandé si l’homme avait touché aux filles et Amudha me rassura. Certes, la plus jeune a gardé son joli sourire mais les yeux d’Asha ont perdu tout éclat de joie et c’est avec une petite fille sans expression que j’ai travaillé ce jour là.
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mardi, 11 mars 2008
Rani et Sunil
Rani est une petite fille pétillante de 9 ans qui vit dans un des bidonvilles construit par la ville. Son immeuble a été démoli il y a 3 ans à la suite d’accidents qui ont couté la vie à plusieurs personnes avec une promesse d’un relogement rapide. Mais depuis, plus rien, à part le terrain ou se tenait l’immeuble, toujours vague.
Rani vit avec son père, tailleur, sa mère, gardienne, et ses deux grandes sœurs. L’aînée travaille dans un bureau et est fiancée. Elle attend de pouvoir payer sa dot pour pouvoir organiser le mariage. La deuxième, Menaka, est en dernière année à Parikrma et pour mieux préparer ses exams cruciaux dans le choix de son université, elle est pensionnaire dans une autre école que sa jeune sœur. J’ai eu la chance de la rencontrer alors qu’elle revenait chez elle chercher des médicaments car elle est épileptique. La famille est aussi composée d’une très grande sœur qui a disparu. Sa famille est sans nouvelle d’elle depuis plusieurs années.

Sunil, 9 ans aussi, est beaucoup plus timide. Ce gaillard vit avec son père, alcoolique, et son grand frère, Kartjik, dans le même bidonville que Rani. Il n’aime pas trop sourire mais apprécie beaucoup les ballades en voiture ! Je pense qu’il me faudra un peu de temps pour qu’il soit naturel devant mon objectif. Kartjik est dans la même classe que Menaka et dort aussi au pensionnat jusqu’à ses examens, le 21 mars.

On croise les doigts pour eux !
Pour ceux qui continueront les études, Parikrma possède un collège, équivalent de notre université, à Yelahanka.
Le bidonville dans lequel vivent Rani et Sunil est un des plus pauvres que j’ai eu l’occasion de visiter. Ici, seul le sol est en dur. Les murs et le toit sont en tôle, ce qui transforme les abris en four géant en cette période. Deux citernes distribuent de l’eau mais l’une d’elle est percée. Des femmes essayent comme elles peuvent de sauver le maximum d’eau en remplissant des seaux en plastiques. Deux blocs de toilettes entourent le campement. Les habitants doivent payer pour y aller ! Disséminés un peu partout, des murs de toiles ont été installés pour servir de douche aux femmes et leur offrir un minimum d’intimité.


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vendredi, 22 février 2008
Séance photo du 21 février
Comme les deux autres fois, ma venue dans le quartier de Munir a provoqué une assemblée sans précédent ! Et comme d’habitude, le travail de ma séance photo a été dès plus difficile. C’est simple, il y avait tellement de monde autour de moi que j’ai dû travailler exclusivement en plan serré. Et encore, sur beaucoup de photos, on peut apercevoir un pied ou une main perdus !
C’est vrai qu’il est difficile de leur faire comprendre qu’avec un grand angle, je ne photographie pas seulement Munir, vers lequel je pointe mon objectif, mais aussi le cadre qui l’entoure.
Au départ, des plus grands sont bien venus me prêter main forte, mais à peine le premier cliché de pris, les voilà qui eux aussi veulent à tout pris être photographier !

Puis, ce fut la débandade complète : des femmes essayèrent de me déshabiller en soulevant mon teeshirt, d’autres voulurent voir ma culotte (je croyais rêver !), les plus jeunes se mirent systématiquement devant mon objectif dés qu’ils voyaient mon doigt s’appuyer sur le bouton d’enclenchement, les 8-10 ans s’agrippaient à la sangle de mon appareil, une gamine vint me mettre ses 10 doigts sur le verre de mon objectif bref, je ne savais plus du tout ou donner de la tête !
Solution radical, j’ai tenu mon appareil bien au-dessus de ma tête, ce qui n’empêchait pas certains d’essayer de l’attraper quand même, j’ai remercié Munir de sa patience extraordinaire, j’ai salué sa mère toujours aussi souriante et aimable qui était désespérée par l’attitude de ses voisins, j’ai récupéré la nièce de Pushpa qui était venue avec moi et qui était prise à partie par une ado car elle m’accompagnait, et j’ai filé hors du quartier.
Je ne reviendrais que lorsque le père de Munir sera revenu de sa tournée des villages voisins, fin mars.

09:37 Publié dans Projet photo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 13 février 2008
Prima et Munir
Ce matin, après un réveil en sursaut à 5 heures du matin, nous avons récupéré Michelle avant de nous rendre chez Prima et Munir pour les surprendre au saut du lit.

Première constatation, le quartier est beaucoup plus calme au petit matin qu’en fin de journée. Aujourd’hui, les bâtiments sont alimentés en électricité et nous pouvons voir à travers les fenêtres éclairées des ombres jouant dans les plis des rideaux. Une bonne odeur de pains cuits au bois et de thé nous envahit les narines, nous rappelant sournoisement que nous n’avons pas eu le temps d’avaler quelque chose avant de partir.

Première destination, la maison de Prima. A notre arrivée, le père dort encore devant la porte sur une paillasse. Les nuits commencent à être chaudes mais il est tout de même emmitouflé dans une couverture. La porte s’ouvre doucement et j’aperçois la mère de Prima s’habillant pendant que la cadette roupille toujours à même le sol collée contre le mur.

Après une séance photo toujours aussi agréable avec la puce, nous voilà maintenant partis pour rejoindre Munir et ses 6 frères et sœurs. A 7h15, toute la famille est réveillée et le petit dernier trempe dans une flaque d’eau de pluie devant la maison. A peine avons-nous franchi la première rue menant au logement de Munir qu’une horde de gamins nous assaille. Impossible de prendre des photos et le pauvre Munir est tellement pétrifié de voir tout ce monde qu’il en perd tout son naturel !

Bref, après avoir passé plus de 30 minutes à se battre pour ne pas avoir de pieds, mains ou têtes inconnus sur mes photos, Michelle, Eric et Pushpa forment un cordon de sécurité autour de moi et je peux enfin photographier le petit Munir et son copain entrain de jouer aux billes. Ouf !

Pour finir en beauté cette belle matinée ensoleillée, nous partons tous à pieds vers le chemin de l’école.

08:10 Publié dans Projet photo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Parikrma deuxième

Ecole Parikrma de Nandinhi Layout
Je commence aujourd’hui mon travail avec mes deux nouveaux protégés : Prima et Munir.
Prime est une petite fille de 12 ans très douée à l’école. Sa mère tient une petite échoppe de bijoux et son père est charpentier. Elle a 4 sœurs et une grand-mère qui vivent avec elle. Les 7 membres de la famille se partage une toute petite pièce dans un des bidonvilles en dur construit par la ville.
Le bidonville dans lequel elle vit est composé de 4 immeubles alignés les uns à côté des autres, chacun de 2 étages. Il n’y a pas d’eau courante et l’approvisionnement en électricité est très aléatoire.
Munir, de religion musulmane, vit dans le quartier juste au-dessous de celui de Prima. Les maisons sont bien plus petites mais il a la chance d’avoir l’électricité régulièrement. Munir vit avec ses parents, ses 3 sœurs et son frère. Sa famille fait partie de la colonie des charmeurs de serpents. En ce moment, son père est absent de la maison. Il est parti à pieds à travers les villages voisins pour récolter un peu d’argent grâce à ses serpents. La pièce à vivre de sa maison ne contient aucun meuble mis à part une télévision. Pas de lit, de table ou de chaise.
Ce coin de Bangalore est peu recommandé et juste avant de partir, une femme ivre m’a prise à partie. Mon calme et ma détermination à ne pas répondre à ses insultes et coups ont eu raison de sa colère. C’est pourquoi, je ne m’aventurerai pas dans ce quartier après 19h.


05:20 Publié dans Projet photo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 08 janvier 2008
C'était la dernière scéance ...
Voici un apperçu de la dernière scéance photo avec Ravi et Asha. A mon retour de Finlande, je continue l'aventure avec 2 nouveaux enfants, d'une autre école et d'un autre bidonville.




Juste avant de partir, pour les remercier de leur patience, de leur accueil et de leur joie de vivre, j'ai offert aux gamins un gouter. Au menu: gateau au chocolat, gaufrettes à la fraise, chocolat, bonbons et sodas. Vous auriez du voir leurs têtes :-)
16:50 Publié dans Projet photo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 03 janvier 2008
Un après-midi chez Amudha
Amudha, l'assistante sociale qui me seconde dans mon projet photo à Yelahanka, nous avait invités à manger un dimanche midi. Nous avons ainsi rencontré toute sa famille du grand-père à la belle soeur, en passant par les cousins et les derniers nés.
Après un repas dés plus copieux et épicé, sa petite soeur me proposa un henné. Nous apprenons qu'elle est passionée par le sujet et, pour prouver ses dires, elle nous présente un calepin ou elle dessine elle-même la plupart de ses models.
Après m'être décidée pour un dessin, la scéance peut commencer sous le regard amusé de toute la tribu des enfants.




Et une fois le chef-d'oeuvre fini, c'est à moi de m'amuser !!

Amudha et une partie de sa famille:



05:15 Publié dans Bangalore, Projet photo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 29 novembre 2007
Première scéance photo à l'école

Ravi commence sa journée par un cours d'anglais. Ici, sa maitresse entrain de raconter une histoire et les élèves en petits groupes pour suivre la lecture. La classe ne dispose que de 6 livres.

Ravi en classe. Un peu agité pendant les leçons, Ravi a du mal à finir son devoir à temps. Il faut dire qu'il fait tellement plus beau dehors ;-)



Dans la trousse d'école de Ravi, on trouve des images de meubles, de lecteurs dvd, de télévision découpées dans des journaux publicitaires. Ces images servent de "monnaie" et s'échange entre enfants.



C'est la fin de cours, chacun son tour, les élèves passent au tableau pour réciter la leçon du jour. Aujourd'hui, c'était les mois de l'année en Kannada, la langue du Karnataka.

Pendant ce temps, Asha est en cours d'informatique... enfin, celui-ci a consisté à regarder un épisode de Mister Bean en dessin-animé pour la plus grande joie des enfants !


Asha est toute fière de me montrer son cahier de sciences. Ce jour là, le cours consistait à recopier le dessins de différents neurones. J'ai été assez surprise car en France, ce sont des choses que l'on apprend au lycée.

La soeur de Asha a été choisi par la maitresse pour tenir et présenter aux autres élèves le livre du jour.

Michelle, bénévole à l'école depuis un an, donne un cours sur le réchauffement climatique. Certains élèves ont du mal à comprendre pourquoi il ne faut plus jeter les sacs plastiques partout et comment, cela peut devenir dangereux pour les Hommes.



04:00 Publié dans Projet photo | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
vendredi, 23 novembre 2007
Projet photo: 1er contacts
Au petit matin, les marques du drap encore imprimées sur mon visage, j’attendais Vikash sur notre perron pour aller rejoindre Amudha, l’assistante sociale qui me seconde dans mon projet photo.
A 6h, nous arrivons chez elle. Elle nous attendait emmitouflée dans un châle pour se protéger de la fraicheur matinale. Toujours aussi motivée, elle nous réexplique comment aller chez les enfants et nous quittons bientôt la route principale pour des chemins de terre qui ne sont pas du tout adaptés au passage d’une voiture, surtout une Innova ! A un moment, nous nous demandons si l’on ne ferait pas mieux de continuer à pieds… Non, ça passe, juste, très juste et je vois le moment ou la voiture va basculer dans un fossé.
Nous arrivons enfin. Les lumières sont déjà allumées dans toutes les chaumières aux toits de tôle. La mère d’Asha nous ouvre la porte de son humble logis, un minuscule 3 pièces au sol de terre battue et aux murs vierges de toute peinture. Le tour du propriétaire est vite accompli : une pièce à vivre ou s’entassent 2 chaises en plastique, un lit une personne (ils y dorment à 4), une armoire qui laisse découvrir quelques rares vêtements et les livres scolaires des filles, une télé accompagnée de son poste de radio et, bien sur, un autel éclairé faiblement par la lueur de quelques bougies. En face de moi, deux autres « pièces » : une remise servant de cuisine et une salle d’eau sans wc, juste un robinet et un lavabo de pierre. Une ampoule unique éclaire le décor.
Les filles sont encore au lit, se cachant sous les minces couvertures de laine tandis que leur mère est déjà prête pour partir au travail. Leur père s’assoit sur le lit et les regarde blotties l’une contre l’autre. Soudain, une souris traverse la pièce sous le regard gêné du père de famille qui me bredouille une excuse. Sur quoi, je réponds que j’ai les mêmes à la maison !!
La séance photo peut commencer malgré la réticence d’Asha qui a perdu un peu de son enthousiasme d’hier. Elle ne veut pas manger et s’habille en se cachant dans un coin de la pièce. Je peux juste la suivre lorsqu’elle va faire sa toilette dehors, sous le linge propre de la vieille qui sèche encore.
Nous nous rendons ensuite chez Ravi qui vit avec sa sœur et sa grand-mère à quelques mètres de là. Devant la porte de leur cabane (2 mètres sur 1,50 mètre), un couple dort à même le sol, une natte les séparant juste du froid de celui-ci. L’homme et la femme émergent doucement à de notre arrivée et réveillent la grand-mère qui dort avec ses deux-petits enfants. Dans la pièce qui leur sert à la fois de pièce à vivre, de chambre et de débarras, pas de lit. Un vélo est posé contre des tas de linge, une corbeille en osier contient les deux poules de la famille rentrées pour la nuit, et une armoire en contre-plaqué peine à tenir encore debout.
Ravi est de bonne humeur dès son réveil et il m’accueille avec un grand sourire, tout comme sa sœur et sa grand-mère. Leur mère est décédée en 2004 et leur père est absent. La jeune fille, qui doit avoir entre 12 et 14 ans, ne va plus à l’école depuis la disparition de sa mère pour aider sa grand-mère, qui travaille sur un chantier, dans les tâches quotidiennes. Ravi a de la chance, c’est le seul de la famille qui va à l’école, le seul donc qui lit et parle l’anglais, le Kannada et l’Hindi.
Est-ce par méchanceté ou jalousie mais, alors que nous discutions depuis une bonne demi-heure avec Ravi et sa famille, une voisine vient nous dire que le garçon sèche parfois l’école. Ravi est tout gêné et je détends vite l’atmosphère en reprennent la séance photo. Le plan de cuisine est à l’extérieur, en face de la porte de leur pièce à vivre et juste devant leur « washroom », 4 toiles publicitaires récupérées formant, à l’aide de piquets en bois, un carré avec un trou au coin pour les sanitaire et un seau d’eau en guise de lavabo.
Une fois Ravi habillé, il se fait gronder par sa grand-mère car la paire de chaussures qu’il porte est dépareillée. Tous les enfants de l’école ont les mêmes, il a du se tromper en se rechaussant hier, à la sortie des classes. Le reste de la famille et du voisinage commence à rajouter son mot lorsqu’un garçonnet d’à peu près le même âge que Ravi arrive avec à ses pieds, des chaussures dépareillées ! Le problème est résolu et après un échange de tennis, nous pouvons partir pour l’école.
Je marche avec eux jusqu’à la route principale. La sœur d’Asha ne m’a pas lâché la main de tout le trajet, riant pour un rien, toujours le sourire sur les lèvres. Arrivés à l’arrêt de bus, les 4 bambins me regardent avec de grands yeux implorants… C’est ok, tout le monde dans la voiture !! Les petits sautent de joie pendant que Vikash les installe sur la banquette arrière. Vous auriez du voir leurs frimousses lorsque nous les avons déposés à l’école :-) !
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09:30 Publié dans Projet photo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note