mardi, 04 mars 2008

Pensées dérangeantes

J’ai eu une bien étrange conversation avec Vikash aujourd’hui, qui m’a laissé un peu perplexe. Pour comprendre cette conversation, je dois vous dire que Vikash est payé 10 000 roupies par mois pour son travail avec nous (+ les repas du soir que nous payons) et qu’il a un restaurant qui lui rapporte autant. Nous payons sa femme 2500 roupies (pour 10 heures de travail par mois) et nous prenons en charge ses déplacements. Au total, la famille, en comptant la grand-mère, doit avoir plus de 30 000 roupies par mois pour vivre (3 adultes et 2 enfants).

Vikash m’accompagne depuis quelques mois maintenant dans les différentes écoles de Parikrma qui, je le rappelle, sont réservées aux enfants orphelins ou vivant dans des bidonvilles ou encore, dont les parents, tous les salaires compris, n’ont que 1500 roupies par mois pour vivre (une fois le loyer et charges enlevés).

Ce matin, après une séance photo très matinale, Vikash me demanda si les inscriptions pour Parikrma étaient closes. Je lui réponds que je pense, vu qu’Amudha s’en occupait le mois dernier, et lui demande pourquoi il me pose cette question. Il me répond alors qu’il souhaite y inscrire sa fille car l’école dans laquelle elle est (une école privée par choix) est trop chère (35 000 roupies par an).

Je crois qu’il n’a pas tout compris au principe de Parikrma et je lui réexplique. Mais pour lui, toutes les familles dont les enfants ont accès à Parikrma sont des menteuses car aujourd’hui, selon ses dires, personnes ne peut gagner moins de 6000 roupies par mois. Il y a un souci alors, car la maid de l’indienne au bout de la rue gagne 1500 roupies par mois en travaillant 6j/7 et toute la journée. Un tailleur gagne environ 1400 roupies par mois et un gardien de sécurité 2000 roupies.

Rien à faire, Vikash reste sur ses positions et maintient qu’avec 3 jobs, on peut arriver à gagner 6000 roupies par mois. Encore faut-il trouver ces 3 jobs et pouvoir les assumer.

Je décide d’en rester là mais pas mon chauffeur qui me relance. « Moi aussi, j’aimerai habiter dans ces maisons (en me montrant les bidonvilles dans lesquels je vais faire mes reportages) ». Je ne dois pas avoir compris et lui demande de répéter. « C’est l’état qui leur paye tout : l’eau, l’électricité et le loyer ». Ok, encore heureux vu que c’est l’état qui les a expulsé de chez eux !

Je lui demande s’il est sérieux, il me répond que oui. Je lui explique alors que je préfère payer un loyer et avoir une maison avec des murs et un toit et plus d’une pièce pour y vivre, que d’avoir un loyer payé par l’état et vivre entassé dans un 3m2 à 6 au milieu des rats et des détritus.

La discussion empire : si les détritus s’entassent au milieu des habitations de tôle, c’est à cause des habitants qui polluent tout. Lui, entretiendrait son habitat et le terrain autour. Est-ce qu’il a vu qu’il n’y avait pas de poubelle ou entreposer ses ordures, pas d’égout et pas de système d’évacuation. Que les gens font la queue le matin pour avoir accès aux toilettes publiques et qu’il y a un ou deux points d’eau pour tout le campement ?

Je suis estomaquée qu’une personne telle que Vikash, qui a connu des périodes difficile avec 400 roupies par mois pour vivre, puisse avoir un tel raisonnement.

Et pour finir sur sa lancée, Vikash me demanda s’il pouvait prendre la voiture pour prendre son petit déjeuner chez lui car à l’extérieur, il en aurait pour 100roupies. Vikash, 100 roupies, je ne le dépense pas pour le lunch, boisson comprise !!

jeudi, 10 mai 2007

Pensées...

Voulez-vous que je vous dise ce qui m’a le plus frappé à mon retour en France ? Ce sont les rayons débordant de produits en tout genre des supermarchés. En Inde, lorsque vous achetez un paquet de pâtes ou un yaourt, vous n’avez qu’une marque disponible. Vous n’avez pas le choix. Le produit ne perd pas pour autant de valeur ni de goût.

En France, ce sont 50 yaourts qui se livrent une lutte sans merci dans les étagères, essayant d’accrocher l’acheteur par un jeu de couleur attrayant. Du coup, vous ne savez plus ou poser votre regard, tous vos sens sont stimulés et le choix devient difficile.

Pour mon arrivée, mes parents m’ont « lâchée » dans une grande surface en me disant que je pouvais acheter ce qui me plaisait. Je n’ai pas dépensé un centime d’euro, c’était trop, écœurant. EXCÈS, voilà ce qui m'est venu à l’esprit. Nous vivons dans un pays d’excès, de pure consommation.

Lorsque je suis partie vivre en Inde, je me suis préparée à un choc culturel et à une pauvreté omniprésente. L’arrivée a donc été moins brutale que sans préparation.

Mais, personne ne nous prépare à un retour en France, nous pensons que c’est naturel, que notre vie d’avant nous reviendra comme une évidence. Eh bien non, le retour a été plus choquant que la découverte d’un pays nouveau.

mardi, 02 janvier 2007

Bonne Année à Tous !!!!

Bonne Année 2007 à Tous !!!!!!!!!!!


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Joie, bonheur, santé, amour, réussite et pleins d'autres choses !

dimanche, 12 novembre 2006

Etre vacanciers en Inde n'est pas de tout repos

Lors de nos déplacements touristiques dans le pays, j’aurais tendance à comparer les Indiens aux Japonais. Tout d’abord, un Indien en vacances ne se déplace jamais sans son appareil photo ou caméscope. Deuxièmement, les deux sont tout autant attirés par les « autres », ceux qui ne leur ressemblent pas, au point de toujours vouloir immortaliser cette rencontre.

Aux premiers abords, cela ne semble pas être très dérangeant. Une ou deux photos par jour, trois sourires et quatre serrages de main ne nous font perdre que quelques minutes de notre précieux temps de vacanciers. Mais lorsque que cela se multiplie par 50 ou par 100, ce petit manège de politesse devient très vite lassant.

Voici ce que nous avons du endurer à Matheran. Matheran est une petite station climatique sans voiture ni autre pollution sonore, perdue au sommet d’une montagne et entourée de forets. Grasse matinée ponctuée des chants des oiseaux, ballade à cheval, couché de soleil somptueux… Bref, un paradis pour les amoureux en somme. Seul bémol, les touristes Indiens.
Nous ne pouvions pas passer deux minutes seuls ! Constamment, des groupes d’indiens nous importunaient pour nous serrer la main, nous prendre en photo, nous poser des tas de questions indiscrètes ou encore faire quelques pas (souvent plusieurs kilomètres) avec nous.
Je loue un cheval pour une heure, nous perdons 20 minutes à cause des gens qui nous stoppent toutes les 5 minutes pour me prendre en photo. Nous nous arrêtons discuter avec des locaux, c’est tout un troupeau de curieux qui se créait autour de nous. Nous nous baladons main dans la main à discuter de la pluie et du beau temps, très vite nous sommes rejoints par un groupe d’adolescents rigolant bêtement derrière notre dos.

De tout ceci, par habitude, je peux y être indifférente, mais il y a une chose que je ne supporte pas, une chose qui me met hors de moi : les insultes gratuites. Pure méchanceté, ces attaques verbales ont fusé lorsque nous nous trouvions à Matheran. Nous passions à côté d’un groupe de jeunes (me donnant l'impression de ne pas être ni très intelligent, ni très sociable) et au moment ou nous les croisions, un de la bande criait en nous regardant un mot incompréhensible et toute la bande se mettait à rire aux éclats.
Dans ces moments là, on regrette de ne pas parler la langue autant pour comprendre que pour répondre…

mercredi, 27 septembre 2006

L’Inde et ses enfants des rues

La pauvreté est omniprésente en Inde, vous ne pouvez pas visiter le pays sans ne pas la vivre au quotidien, à moins de vous enfermer dans un hôtel de luxe et de ne jamais en sortir. Elle se révèle sous différentes facettes : bidonvilles, mendiants à tous les coins de rue, …, et le plus difficile pour moi, les enfants des rues.

Ces petites bouilles noires de crasse, implorant avec des grands yeux humides votre pitié et générosité, me peinent énormément et me posent un cas de conscience important. Répondre à leur appel ou les ignorer ? J’ai choisi la deuxième solution pour une bonne raison : ces enfants qui vivent sur les trottoirs sont la cible et le jouet des proxénètes ! J’ai appris qu’aucun enfant n’était abandonné en Inde ; A la mort des parents la famille les recueille, s’il n’y a pas de famille, des amis proches et des âmes charitables les adoptent. En désespoir de cause, c’est un orphelinat qui leur ouvrira ses portes. Donc, tous ces enfants qui traînent en ville sur les axes touristiques ou au carrefour sont sous l’autorité d’un tiers, et c’est ce tiers qui récupère l’argent récolté durant la dure journée de labeur pour ces bambins. Voilà pourquoi il ne faut pas donner d’argent à ces enfants.
Vous pouvez leur offrir un repas par contre mais évitez les stylos ou autres babioles, ils sont aussi récupérés par les adultes.

Depuis quelques temps, les méthodes d’approche des gamins deviennent de plus en plus violentes. Par exemple, ils s’accrochent à vos vêtements, vous tirent sur le sac, vous agrippent, chose qui arrivait très rarement il y a encore 15 jours.
Hier, en allant au cours d’anglais, 5 bambins de 7 ans max, ont entouré la voiture, empêchant le chauffeur d’avancer, et ont frappé aux fenêtres avec un peu trop de force.
Ce phénomène n’existe que depuis une quinzaine de jours et est visible dans toute la ville, au point que je me demande si les proxénètes n’ont pas décidé de changer de méthode…et de privilégier la violence.

Dans tous les cas, si vous souhaitez faire un geste pour ces enfants, de nombreux orphelinats recueillent avec plaisir vos dons.

jeudi, 21 septembre 2006

Deux mois et demi ....

Il m’aura fallu deux mois pour m’habituer à l’Inde, deux mois pour me sentir à l’aise et prendre mes repères. Avant de partir pour ce grand voyage, j’ai lu un livre expliquant que l’on ne pouvait ressentir que deux choses lorsque l’on vivait ici, le rejet ou une sorte de bien être, sensation éprouvée des le premier jour de notre arrivée et qui ne nous quittait plus alors, quelque soit la durée passée dans le pays. Je ne suis pas tout à fait d’accord. Mon premier sentiment en arrivant à Bangalore fut une gêne, un sorte de mal être causé par la distance des indiens et par la ville elle-même, sale et bruyante. Je me suis posée la question de savoir si je serai heureuse ici et j’avoue que, les deux premiers mois, je n’étais pas très optimiste. Et puis un matin, j’ai ressenti comme une sorte de déclic, je me suis sentie bien, heureuse d’être là et du jour au lendemain, ma relation avec ce pays et ses habitants a radicalement changé. J’ai réussi à apprivoiser l’Inde. Et depuis peu, l’Inde m’a acceptée. Comment puis-je prétendre avoir été acceptée ? Je l’ai lu et vu dans le comportement des indiens m’entourant. Le premier signe évident de mon acceptation fut que les commerçants de Bangalore ne me prenaient plus pour une touriste à plumer ! Hier après-midi, pour la première fois depuis mon arrivée, j’ai pu me promener dans la principale rue commerçante de la ville sans être harcelée par les hordes de marchands ambulants peuplant ce lieu. Lorsque j’entrais dans une boutique, un sourire sincère m’accueillait et je pouvais regarder tranquillement les étalages sans avoir un vendeur sur le dos. Cette journée fut pour moi une redécouverte de Bangalore et des indiens. Un changement visible a aussi eu lieu au sein même de la résidence. Les hommes qui composent l’équipe de garde à l’entrée de notre pâté de maison, me saluent (chose qu’ils n’avaient jamais faite) et certains me sourient. Est-ce parce qu’ils m’ont vu conduire la voiture plusieurs fois ? Ou est-ce tout simplement que mon attitude à changé, me sentant mieux dans ma peau d’expact ? Dans tout les cas, je crois sincèrement que je vivrais en Inde une aventure inoubliable tant au niveau des découvertes que sur le point humain.

mardi, 22 août 2006

administrations indiennes

L’administration indienne est un chef d’œuvre qu'il faudrait immortaliser par un film, comique bien sûr, bien que par certains moments, nous trouvions sa logique plutôt dramatique…

Un exemple : valider son permis international en Inde.
Jour J : bureaux fermés pour cause indéterminée, "revenez lundi".
Lundi : bureaux fermés pour cause de vacances. "Revenez la semaine prochaine".
J+7 : arrivée à 10 heures, heure officielle d’ouverture des offices. Les premiers employés arrivent vers midi. Ballade de guichet en guichet, personne ne sait comment valider un permis étranger. Au bout d’une heure, Éric apprend qu’il faut qu’il aille voir l’officier supérieur qui arrive dans moins d’une heure. Deux heures après, l’officier arrive, lui donne deux papiers et lui dit qu’il faudra repasser avec ces documents remplis. Question : pourquoi durant ces trois heures passées dans les locaux, personne ne lui a donné ces pièces ? Retour à la maison (heureusement, les guichets ne se trouvent qu’à 15 min en voiture), je rejoins Éric dans son périple indien (j’ai cours d’anglais tous les lundi et mercredi matin). A 15 heures, nous sommes tous les deux devant le bureau de l’officier principal. Après avoir réfléchit durant 10 minutes, celui-ci nous donne le feu vert, Éric peut passer l’examen de conduite. De nouveau une heure d’attente, heureusement que nous sommes deux, nous discutons de tout et de rien pour passer le temps. L’heure de l’examen de conduite arrive, l’inspecteur décide de prendre notre voiture au grand soulagement d’Éric qui l’a déjà conduite plusieurs fois pour rentrer à Sobha. Durée de l’examen : 5 minutes, montre en main !! Éric n’a fait que 300 mètres en marche avant et 200 en marche arrière, avec notre chauffeur pour le guider ! Bref, à 16h30, les papiers étaient enfin remplis, signés et tamponnés, Éric pourra récupérer son permis le 24 août.
6 heures d’attente interminable, 10 fonctionnaires rencontrés, 1001 incompréhensions et 3 papiers signés, voici l’administration indienne …

Bien sûr, il est facile de critiquer et je l’avoue, j’y prends un certain plaisir, cela me permettant d’évacuer toutes mes frustrations d’occidentale vivant en Inde. Mais, en y regardant d’un peu plus prêt, en s’arrêtant deux minutes pour observer ce qui nous entoure, on ravale sa colère et on comprend. On saisit cette immobilité indienne, cette inaction que l’on qualifie d’incompétence. L’immeuble administratif à des murs décrépis, jaunis et sales, des fenêtres aux carreaux brisés, un seul ventilateur accroché au plafond, une dizaine de bureaux pour 50 employés, une armoire pour 50 000 dossiers et un ordinateur datant de Mathusalem, vivant ses dernières heures dans un coin, oublié de tous. Le tout baigné dans une lumière jaunâtre et une odeur pestilentielle provenant des toilettes du couloir. Et je ne parle pas du salaire qui doit autant motiver que 10 coups de fouet !

Alors, après cette expérience unique qu’est le passage par une administration indienne, je n’ai qu’une chose à dire, prenez votre mal en patience, ceux qui y travaillent sont beaucoup plus mal lotis que nous.

Pollution et Co ....

Après deux mois passés à Bangalore, je tire cette déduction : les Indiens sont égoïstes et narcissiques. Je pensais que d’être plus d’un milliard d’individus aurait du développer le sens de la fraternité et de l’entraide chez les Indiens mais au contraire, je n’ai jamais visité un pays ou l’individualisme n’a été plus prononcé.

L’exemple le plus flagrant de cet égocentrisme est la pollution omniprésente en Inde. Détritus, immondices, excréments, ordures, débris, rognures et déchets vous entourent constamment.
A Bangalore, la ville fait tout ce qu’elle peut pour limiter cette pollution d’origine humaine mais les poubelles et les avertissements accompagnés d’amendes n’effraient personne. Même les gardes champêtres, ayant pourtant pour rôle de protéger les espaces verts, ne se privent pas pour répandre le contenu de leurs poches ou d’abandonner sur place les restes de leurs repas !
Cette dégradation de l’environnement ne choque personne et chacun y va du sien pour maintenir le pays dans cet état de souillure permanant et invariable.
Les hommes urinent partout, sur les murs ou le bord des routes, sans même avoir la décence de se cacher au regard des autres. Les escaliers du bâtiment administratif où Éric est allé valider son permis est jonché d’excréments. Les hommes crachent sans retenue.
Et se ne sont que des exemples parmi des milliers !
La vache, qui est pourtant considérée comme un animal sacré en Inde, meurt tous les jours d’empoisonnement dû aux sacs en plastique ingérés qui traînent partout au milieu des rares touffes d’herbe.
Les femmes lavent leur linge et se débarrassent de leurs déchets directement dans les cours d’eau traversant la ville.
Et la station d’épuration rejette une eau encore plus polluée que celle qu’elle reçoit !!
J’illustre mes propos de quelques photos …

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Un autre exemple, manie indienne qui a tendance à m’exaspérer au plus au point, sport national aux nombreux adeptes, l’impatience au degré maximal ! Par exemple, vous êtes entrain de faire la queue au supermarché (attention, supermarché aux normes indiennes, ce qui correspond à la petite superette de campagne pour la France) quand tout d’un coup, deux personnes vous passent devant le plus innocemment du monde. Ce scénario se répète à la poste, dans les files de cinéma, au musée, bref, partout ou l’on doit attendre plus de 30 secondes.
Au début, je me suis dit que ma physionomie y était pour quelque chose mais ce même synopsis se déroule entre Indiens.

Pour en finir avec ce chapitre, je dirais qu’il est très difficile de prendre des photos dans ce pays. Un autre exercice favori des Indiens est de passer devant l’objectif de l’appareil photo au moment ou vous appuyez sur le déclencheur. Certains arrivent même à se faufiler alors qu’il n’y a que 15 cm entre vous et un obstacle (si, si, cela m’est arrivé !), du style entre vous et une chaise ou entre vous et un mur.
Le jour de l’Indépendance, durant le spectacle offert par les enfants, j’ai cru que j’allais commettre un incident diplomatique !

lundi, 10 juillet 2006

Nous avons le pouvoir ...

Il aura fallu que j’attende de vivre en Inde pour me rendre compte du pouvoir de l’argent. Nous sommes blancs et de ce fait, perçus par les Indiens comme riches et croulant sous l’argent, ce qui nous donne droit d’office à pleins d’avantages mais aussi à beaucoup trop d’inconvénients.
Jamais, nous n’attendons devant les portes d’un restaurant ou d’une boite de nuit et toujours, nous avons les meilleures places au cinéma. Lorsqu’il y a une coupure d’électricité dans une grande surface et que nous sommes 50 à attendre la remise en marche des caisses depuis 30 minutes, nous sommes les seuls à qui le directeur de l’établissement présente ses excuses en personne. Les trois premiers jours, je trouvais cela plutôt sympathique, ne pas payer son entrée au club à la mode parce que vous êtes une femme blanche à ses bons côtés, mais je m’en suis vite lassée. Et lorsqu’un collègue d’Éric a exigé d’avoir au restaurant la table devant le grand écran (diffusion en direct de la finale de la Coupe du Monde) qui était pourtant déjà réservée et que le réceptionniste lui a accordé sa demande, je me suis sentie vraiment gênée. De quel droit nous, expatriés, avons-nous le culot de leur voler une place, une entrée ou juste les marques de politesses qui leurs sont dus ? Lorsque j’ai abordé le sujet avec d’autres étrangers, tous m’ont répondu qu’ils n’y pouvaient rien, que c’était la mentalité indienne. Certes, il est vrai que je n’ai jamais demandé les places de devant au ciné et que j’aurais pu attendre 15 minutes devant la boite de nuit sans en mourir…mais je n’ai rien dit quand les videurs nous ont fait rentrer en plantant un groupe de jeune et j’ai accepté les excuses du directeur de Big Bazaar en souriant.

Être considéré comme « crésus » a aussi son revers de médaille : vous ne savez jamais si le sourire, le geste amical ou l’aide apportée est sincère ou si, au contraire, cela masque un désir de vous soutirer quelques roupies. L’exemple parfait de mes dires, nous est arrivé le week-end dernier. Éric et moi avions décidé ce samedi là de visiter la réserve naturelle de Bangalore. Nous prenons donc un billet pour le safari complet (une heure de bus grillagé au milieu des lions, tigres, éléphants et autres animaux.) et commençons à faire la queue pour monter dans le bus aux couleurs du zoo (vert et brun). Sitôt les trois marches accédant aux sièges gravies, notre guide nous indique une banquette de deux place située à l’avant du bus. Je ne comprends pas pourquoi il dirige tous les Indiens au fond de ce même bus ? Notre moyen de locomotion plein à craquer, le chauffeur met le moteur en marche (avec ce bruit je ne sais pas si nous aurons la chance d’apercevoir le moindre bout de queue d’un animal) et nous commençons notre visite. Au bout de 10 minutes, nous pouvons apercevoir un herbivore dont le nom m’a échappé. Ce grillage n’est vraiment pas pratique pour faire des photos… Le guide me propose alors de les faire de sa place (privilégié, il n’a pas de grillage à sa fenêtre, peut-être n’est-il pas comestible ?) et il passera les trois-quarts du voyage à faire les photos à ma place (c’est frustrant mais que faire si je veux de jolies photos ?). Souriant, il nous donne le nom des animaux que nous croisons, ne s’occupant absolument pas des autres passagers. Je décide de lui donner un pourboire, au moins pour les photos. Je veux lui donner 100 roupies (2 euros) mais Éric n’est pas d’accord, 100 roupies c’est le prix que l’on a payé pour le safari + l’entrée du zoo. On se met d’accord pour 50 roupies. Le safari se termine, nous descendons tous sagement du bus, les uns derrière les autres et je m’approche de mon guide qui, pour le moment, me réconcilie avec les Indiens. La chute fut terrible : à peine le pied à terre, mon super guide me réclame 100 roupies. Comment ça, il ne demande rien aux autres passagers ? Je lui tends mes 50 roupies, il insiste, « 100 » me dit-il. Je le laisse sur place, déçue, vexée et maudissant tous ces indiens qui ne voient en moi qu’un portefeuille ambulant !