vendredi, 23 novembre 2007
Projet photo: 1er contacts
Au petit matin, les marques du drap encore imprimées sur mon visage, j’attendais Vikash sur notre perron pour aller rejoindre Amudha, l’assistante sociale qui me seconde dans mon projet photo.
A 6h, nous arrivons chez elle. Elle nous attendait emmitouflée dans un châle pour se protéger de la fraicheur matinale. Toujours aussi motivée, elle nous réexplique comment aller chez les enfants et nous quittons bientôt la route principale pour des chemins de terre qui ne sont pas du tout adaptés au passage d’une voiture, surtout une Innova ! A un moment, nous nous demandons si l’on ne ferait pas mieux de continuer à pieds… Non, ça passe, juste, très juste et je vois le moment ou la voiture va basculer dans un fossé.
Nous arrivons enfin. Les lumières sont déjà allumées dans toutes les chaumières aux toits de tôle. La mère d’Asha nous ouvre la porte de son humble logis, un minuscule 3 pièces au sol de terre battue et aux murs vierges de toute peinture. Le tour du propriétaire est vite accompli : une pièce à vivre ou s’entassent 2 chaises en plastique, un lit une personne (ils y dorment à 4), une armoire qui laisse découvrir quelques rares vêtements et les livres scolaires des filles, une télé accompagnée de son poste de radio et, bien sur, un autel éclairé faiblement par la lueur de quelques bougies. En face de moi, deux autres « pièces » : une remise servant de cuisine et une salle d’eau sans wc, juste un robinet et un lavabo de pierre. Une ampoule unique éclaire le décor.
Les filles sont encore au lit, se cachant sous les minces couvertures de laine tandis que leur mère est déjà prête pour partir au travail. Leur père s’assoit sur le lit et les regarde blotties l’une contre l’autre. Soudain, une souris traverse la pièce sous le regard gêné du père de famille qui me bredouille une excuse. Sur quoi, je réponds que j’ai les mêmes à la maison !!
La séance photo peut commencer malgré la réticence d’Asha qui a perdu un peu de son enthousiasme d’hier. Elle ne veut pas manger et s’habille en se cachant dans un coin de la pièce. Je peux juste la suivre lorsqu’elle va faire sa toilette dehors, sous le linge propre de la vieille qui sèche encore.
Nous nous rendons ensuite chez Ravi qui vit avec sa sœur et sa grand-mère à quelques mètres de là. Devant la porte de leur cabane (2 mètres sur 1,50 mètre), un couple dort à même le sol, une natte les séparant juste du froid de celui-ci. L’homme et la femme émergent doucement à de notre arrivée et réveillent la grand-mère qui dort avec ses deux-petits enfants. Dans la pièce qui leur sert à la fois de pièce à vivre, de chambre et de débarras, pas de lit. Un vélo est posé contre des tas de linge, une corbeille en osier contient les deux poules de la famille rentrées pour la nuit, et une armoire en contre-plaqué peine à tenir encore debout.
Ravi est de bonne humeur dès son réveil et il m’accueille avec un grand sourire, tout comme sa sœur et sa grand-mère. Leur mère est décédée en 2004 et leur père est absent. La jeune fille, qui doit avoir entre 12 et 14 ans, ne va plus à l’école depuis la disparition de sa mère pour aider sa grand-mère, qui travaille sur un chantier, dans les tâches quotidiennes. Ravi a de la chance, c’est le seul de la famille qui va à l’école, le seul donc qui lit et parle l’anglais, le Kannada et l’Hindi.
Est-ce par méchanceté ou jalousie mais, alors que nous discutions depuis une bonne demi-heure avec Ravi et sa famille, une voisine vient nous dire que le garçon sèche parfois l’école. Ravi est tout gêné et je détends vite l’atmosphère en reprennent la séance photo. Le plan de cuisine est à l’extérieur, en face de la porte de leur pièce à vivre et juste devant leur « washroom », 4 toiles publicitaires récupérées formant, à l’aide de piquets en bois, un carré avec un trou au coin pour les sanitaire et un seau d’eau en guise de lavabo.
Une fois Ravi habillé, il se fait gronder par sa grand-mère car la paire de chaussures qu’il porte est dépareillée. Tous les enfants de l’école ont les mêmes, il a du se tromper en se rechaussant hier, à la sortie des classes. Le reste de la famille et du voisinage commence à rajouter son mot lorsqu’un garçonnet d’à peu près le même âge que Ravi arrive avec à ses pieds, des chaussures dépareillées ! Le problème est résolu et après un échange de tennis, nous pouvons partir pour l’école.
Je marche avec eux jusqu’à la route principale. La sœur d’Asha ne m’a pas lâché la main de tout le trajet, riant pour un rien, toujours le sourire sur les lèvres. Arrivés à l’arrêt de bus, les 4 bambins me regardent avec de grands yeux implorants… C’est ok, tout le monde dans la voiture !! Les petits sautent de joie pendant que Vikash les installe sur la banquette arrière. Vous auriez du voir leurs frimousses lorsque nous les avons déposés à l’école :-) !
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09:30 Publié dans Projet photo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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