lundi, 10 juillet 2006

Nous avons le pouvoir ...

Il aura fallu que j’attende de vivre en Inde pour me rendre compte du pouvoir de l’argent. Nous sommes blancs et de ce fait, perçus par les Indiens comme riches et croulant sous l’argent, ce qui nous donne droit d’office à pleins d’avantages mais aussi à beaucoup trop d’inconvénients.
Jamais, nous n’attendons devant les portes d’un restaurant ou d’une boite de nuit et toujours, nous avons les meilleures places au cinéma. Lorsqu’il y a une coupure d’électricité dans une grande surface et que nous sommes 50 à attendre la remise en marche des caisses depuis 30 minutes, nous sommes les seuls à qui le directeur de l’établissement présente ses excuses en personne. Les trois premiers jours, je trouvais cela plutôt sympathique, ne pas payer son entrée au club à la mode parce que vous êtes une femme blanche à ses bons côtés, mais je m’en suis vite lassée. Et lorsqu’un collègue d’Éric a exigé d’avoir au restaurant la table devant le grand écran (diffusion en direct de la finale de la Coupe du Monde) qui était pourtant déjà réservée et que le réceptionniste lui a accordé sa demande, je me suis sentie vraiment gênée. De quel droit nous, expatriés, avons-nous le culot de leur voler une place, une entrée ou juste les marques de politesses qui leurs sont dus ? Lorsque j’ai abordé le sujet avec d’autres étrangers, tous m’ont répondu qu’ils n’y pouvaient rien, que c’était la mentalité indienne. Certes, il est vrai que je n’ai jamais demandé les places de devant au ciné et que j’aurais pu attendre 15 minutes devant la boite de nuit sans en mourir…mais je n’ai rien dit quand les videurs nous ont fait rentrer en plantant un groupe de jeune et j’ai accepté les excuses du directeur de Big Bazaar en souriant.

Être considéré comme « crésus » a aussi son revers de médaille : vous ne savez jamais si le sourire, le geste amical ou l’aide apportée est sincère ou si, au contraire, cela masque un désir de vous soutirer quelques roupies. L’exemple parfait de mes dires, nous est arrivé le week-end dernier. Éric et moi avions décidé ce samedi là de visiter la réserve naturelle de Bangalore. Nous prenons donc un billet pour le safari complet (une heure de bus grillagé au milieu des lions, tigres, éléphants et autres animaux.) et commençons à faire la queue pour monter dans le bus aux couleurs du zoo (vert et brun). Sitôt les trois marches accédant aux sièges gravies, notre guide nous indique une banquette de deux place située à l’avant du bus. Je ne comprends pas pourquoi il dirige tous les Indiens au fond de ce même bus ? Notre moyen de locomotion plein à craquer, le chauffeur met le moteur en marche (avec ce bruit je ne sais pas si nous aurons la chance d’apercevoir le moindre bout de queue d’un animal) et nous commençons notre visite. Au bout de 10 minutes, nous pouvons apercevoir un herbivore dont le nom m’a échappé. Ce grillage n’est vraiment pas pratique pour faire des photos… Le guide me propose alors de les faire de sa place (privilégié, il n’a pas de grillage à sa fenêtre, peut-être n’est-il pas comestible ?) et il passera les trois-quarts du voyage à faire les photos à ma place (c’est frustrant mais que faire si je veux de jolies photos ?). Souriant, il nous donne le nom des animaux que nous croisons, ne s’occupant absolument pas des autres passagers. Je décide de lui donner un pourboire, au moins pour les photos. Je veux lui donner 100 roupies (2 euros) mais Éric n’est pas d’accord, 100 roupies c’est le prix que l’on a payé pour le safari + l’entrée du zoo. On se met d’accord pour 50 roupies. Le safari se termine, nous descendons tous sagement du bus, les uns derrière les autres et je m’approche de mon guide qui, pour le moment, me réconcilie avec les Indiens. La chute fut terrible : à peine le pied à terre, mon super guide me réclame 100 roupies. Comment ça, il ne demande rien aux autres passagers ? Je lui tends mes 50 roupies, il insiste, « 100 » me dit-il. Je le laisse sur place, déçue, vexée et maudissant tous ces indiens qui ne voient en moi qu’un portefeuille ambulant !

Commentaires

Je vois que le foot est décidément universel... ou du moins que les expatriés n'auraient manqué la finale pour rien au monde et surtout pas pour un vulgaire problème de table déjà réservée...
Blague à part, j'imagine que ce ne soit pas être facile à vivre cette différence de statut entre les étrangers (en l'occurence toi et les autres expatriés) et les indiens.
Comment ne pas culpabiliser devant leur pauvreté et notre relative aisance d'occidentaux ?
En même temps, n'être vu que comme des "dollars" et ne pas savoir si les réactions sont sincères ou intéressées n'est pas forcément une place enviable non plus...

Ecrit par : Corinne | jeudi, 13 juillet 2006

Je suis tombé par hasard sur votre blog. Etonnant de voir à quel point nous (mes filles et moi) avons eu la même perception de l'Inde. Nous n'y sommes restés "qu'un mois", mais nous avons eu un bon échantillon de ce qu'elle pouvait offrir. La question qui tue en Inde: "Comment trouvez-vous mon pays ?" (ou le Kerala ou...). Comment répondre que le pays est magnifique, mais qu'une multitude de choses (pauvreté, saleté, égoisme, racisme etc) ne donnent pas envie d'y rester ? Alors on ment, pour faire plaisir.

Ecrit par : Gilles | jeudi, 05 mai 2011

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